Le temps des malheurs.



   Un franciscain, Michel Platensis, en décrit les symptômes: "bubons, fièvre et crachements de sang. La maladie durait trois jours, le quatrième la victime mourait."
   Les villes prennent une allure apocalyptique : "Le père laissait là son fils malade, les notaires de la cité refusaient de venir recueillir les dernières volontés des mourants, les prêtres d'entendre les confessions. Les cadavres étaient abandonnés sur place et personne ne leur donnait de sépulture chrétienne. Les maisons des morts restaient ouvertes, avec bijoux, argent et autres biens précieux, sans personne pour les garder. L'épidémie était survenue si vite qu'on n'avait pas eu le temps de prendre de mesures préventives... Les gens quittèrent la ville en foule et allèrent dresser leurs camps dans les forêts."
1° La peste noire.
    Le 1er novembre 1347, un bateau génois, porteur de la peste bubonique accoste au port de Marseille. Un mois plus tard, l'épidémie atteint la Corse et Aix-en-Provence.

   En janvier 1348, elle est à Arles et Avignon où, en six semaines, elle fait onze mille morts.

En avril, elle atteint Toulouse et fait des ravages jusqu'en 1350 : 15% à 30% de la population de la région toulousaine est décimée.

   Les villes et les zones de grand passage furent les plus touchées, tant la contagion était grande. Tel dut être le cas de Baziège, sur le grand axe communication Toulouse-Narbonne.

   C'est le plus grand fléau qu'a connu l'Europe à ce jour : cette épidémie a fait 30 à 40 millions de morts. Elle va réapparaître périodiquement pendant plus de quatre siècles.




2° La chevauchée du Prince Noir -1355.
   Baziège ne fut pas épargnée par les à-coups de la guerre de Cent Ans.
    Alors que la région se remettait à peine des ravages humains causés par la peste noire, un autre fléau l'atteignit : le raid du Prince Noir.
   Fils du roi d'Angleterre, Edouard III, et lieutenant de la Guyenne aux mains des Anglais, il mit en quelque deux mois, fin 1535, le Midi à feu et à sang, incendiant et détruisant Castanet, Montgiscard, Baziège, Villefranche, Mas-Saintes-Puelles, prenant Castelnaudary et la ville basse de Carcassonne.

   Le passage de ses armées, composées d'Anglais et de Gascons en grande partie, ont semé la désolation sur leur passage et les rares troupes royales (françaises) n'ont pas eu le temps, ni les moyens de mettre sur pied une opposition.

   Montgiscard qui se croyait à l'abri derrière ses remparts a été complètement anéanti et ses habitants massacrés. Il semblerait que Baziège n'ait subi que des dégats matériels dont l'incendie de l'église et des maisons, la population ayant préféré, comme on l'avait recommandé à tous, se sauver et se mettre à 'abri.

   3° Les grandes compagnies. Rodrigue de Villandrando
   Avec les Grandes Compagnies, le village fut pillé et partiellement détruit en 1439 par un chef Routier, Rodrigue de Villandrando, gentilhomme venu de Biscaye en France chercher fortune sans autre moyen que son épée. D'abord au service de Charles VII contre les Anglais, il ravagea ensuite la région en rançonnant les populations, pillant, enlevant le bétail.
   C'est probablement vers cette époque que l'agglomération se dota d'une enceinte fortifiée cernée de fossés; peu à peu démolie, elle a laissé la place à des jardins et à des cours intérieures.


Le Lauragais à feu et à sang par le Prince Noir.
P. FABRE

Rodrigue de Villandrando
P. FABRE

Le fort de Baziège.